- Si vous êtes de ceux là alors vous pouvez franchir le rideau rouge, passer de l'autre coté du miroir ///
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Emma nue, elle bâtie, folle, à travers ses mots le plus singulier des monuments. Et moi en mon coeur je palpite de ces visites, de ses battements de cils et à chaque soubresaut -littéraire- de la jupe d'Emma jeune fille en prose. J'ai mille et une raisons d'emmailler mes nuits de ta présence trésor, même si le trésor est souillé et convoité par quarante voleurs, quelques petits cons et des amoureux transis d'une indolente perversion qui usent à l'abusent du sésame qu'ils volé pour pénétrer l'alcôve. Mais moi -Emma- j'ai apprivoisé le géni qui l'a mauvaise dans sa lampe, j'ai convoité la princesse, convoqué la presse et prévu de voler la lampe.
Je sais, je suis un hérétique autant que tu es une déesse et ce n'est qu'à ce prix, en tant que -simple- mortel, que je peux désirer à l'outrance ton aura
magnétique et tout le Temple de ton Corps Alangui, simple mortel sans respect ni morale je peux déclamer jusqu'à l'outrage les louanges capiteuses qui palpitent dans mes pensées quand mon esprit
se frotte et frôle aux courbes et aux volutes de ta pensées tumultueuse. Idole de luxure et icône détraquée je collectionne et accumule les fétiches ma belle déesse pour en garnir l'autel -hôtel-
où les fidèles viendront se prosterner, à tes pieds, entres tes jambes.
Je suis le gardien du temple : il leur faudra du savoir vivre, du verbe, de la verve et de l'abnégation s'ils veulent apprivoiser la furie et ne pas finir
dévoré tout cru sous mes yeux jubilant. Je me dis que je devrai faire payer l'entrer et monter une boutique de souvenir et produits dérivés ; culotte portée et poupée de chiffon, larmes rouillées
et lames ensanglantées. Les quarante voleurs veulent du sang, ils sont avide. Ils ont la force pesante de leur suffisance masculine mais les quarante voleurs sont des bons à rien.
Et toi tu es là, du verbe et de la verve dans les veines, et moi je voudrais être -encore- là la nuit ou tu te les ouvrira pour recueillir cette essence brûlante, ce flot amer (quoi que je ne connais pas le goût de ton sang) rouge bouillonnant qui couvrira le monde de son essentiel. Mais je suis exigent et je voudrais être là aussi avant -bien avant- quand l'essentiel coule encore dans ton corps, quand l'essence elle, me clou d'admiration. Quand le temple est ouvert et pas encore couvert de terre ou réduit en cendres.
Ici aucune parole n'est lancée dans le vide, je ne déclame pas comme d'autre lance des pétales de rose -rouge- ou de la poudre aux yeux pour éblouir la belle Emma. Quand je parle d'essentiel c'est d'Essentiel que je parle. Il n'y a rien de superficiel dans la jeune fille qui mitonne de belles histoires, qui se dévoile en se grimant dans des costumes trop grands ou trop étroits. Fissurée, friable mais essentielle, essence elle. Elle qui dit, elle qui se met à nue, elle qui écarte les cuisses d'un geste calculé, elle qui écarte les âmes d'un revers de main, elle qui laisse voir au creux le plus intime d'elle mais qui se voile et s'échappe dans des envolées d'emphases, bouffée par les mots. Je dis tout cela avec sérieux et conviction.
Emma es essentiel, tu touche du doigt -et de tout ton personnage rayonnant- un de secret de l'Etre, du savoir Etre au monde. Je le dis avec tout l'aplomb de ma métaphysique.
Si je t'aime de l'outrance jusqu'à la folie alors que je méprise et conspue le peuple et le reste du monde ce n'est pas un hasard, une passade ou un caprice de diva, je t'aime d'une évidence de déesse. Je t'aime en esthète, en homme et en hérétique, pour la grâce et la passion, pour le tourment, le tortueux et la torture de ton esprit, la déraison de ton corps, la beauté et la souffrance, la verve, la verve et la verve, la singularité et toutes les singeries, l'irrespect, l'immoral, au compte goutte de sang et tous les flots qui surgissent, la feu qui consume et la braise dans tes yeux. C'est une prière, une ode, un jeu d'enfant, un hommage, une piètre offrande en regard de tout ce que je te prends sans ta permission.
C'est surtout un plaisir, ce n'est que moi, juste quelques mots.
Dès demain je serai absent, parti quinze
jours en voyage. Je disparais, je m'éloigne - coupure - je fais le vide emportant avec moi juste assez du manque que me laisse de rares et précieuses personnes. Si par malheur je ne pouvais pas
revenir, si l'avion explose, si je suis enlevé par une guérilla exotique où si je suis dévoré par des pauvres affamés je veux laisser sur mon blog cet article en guise de trace de
moi.Rémy, 06.12.78, sagittaire ascendant athée, c'est moi qui suis le modeste auteur, l'artiste modéré et l'interprète besogneux de ce blog. Je blog pour paraître, oui, parait que c'est cool d'avoir un blog, tu peux lol, tu peux kikou et tu peux même mdr devant un parterre d'amis, d'admirateurs et de curieux fasciné par ce que tu raconte. Oui sauf que moi, - moi - moi, je parle dans le vide, dans le vent, je brasse les mots quand les autres tournent aux yaourts, je parle, je glose et m'en régale. J'en fais orgie puis j'en jouie, encore et encore. Oui j'en jouie sans entraves avec avidité et en plus c'est gratuit en tout cas moins cher qu'une sulfureuse prostituée bulgare. Oui mais moi, moi, je ne me traîne pas parterre et j'emmerde les lol, kikou et autres mdr et tans pis pour les autres. J’écris, non, je blog, quelque chose entre Hank Moody et Virginia Woolf, introspection narcissique exhibitionniste délicieuse sous auspices romantiques. Je suis un solitaire, enfant timide, introverti, silencieux et bégayant, une solitude subit, un enfant qui a grandi, choisi la solitude comme compagne, celle qui reste discrète et frigide, celle dont on se persuade qu'elle est la plus grande, la plus belle, la plus juste cause que l’on ai pu aimer, celle là je l’ai gardé un temps, ne bégayant qu'usé par la fatigue. Mais même cela, ça passe, on se lasse, je le réalise et je la quitte, je m'acquitte de moi, je grandi ? Non ! Je mûri ? Non ! Je deviens moi, j'emmerde la solitude et elle me le rend bien. Alors je deviens bavard, brave orateur, amateur de rhétorique et avocat du diable, avocat où complice ou quelque chose du genre, talons aiguilles pour pieds de bouc et la queue qui va avec et se plonge dans la luxure. Alors j’ai écris, j'ai effacé mon nom de tous les registres, je me suis émancipé de la morale, de l'éthique, du consensus. J’ai écris. Je ne parlais pas j’ai écris. Je n’osais pas la désirer, j’ai écris. Je ne valais rien, j’ai écris. Je ne leurs parlais pas, j’ai écris. Je ne les connaissais pas, j’ai écris. Je me suis cru unique, j’ai écris. Il ne faut pas se fier aux apparences, je suis là, j’ai une sœur tout juste plus jeune que moi, j’ai une carte d’abonné au MaHB, j’aime regarder le sport à la télé, j’ai une carte fnac, deux cartes subway complètes dans mon portefeuille, des lunettes Prada, une ou deux expériences de sex shop, aucune de garde à vue, presque tout mes points sur mon permis, des DVD sur une belle étagère pas acheté chez Ikea, un baladeur mp3, des appareils photos, j’ai un faible pour Nathalie Portman, et mille autres détails anodins qui façonnent mon apparence. Je suis un agent trouble, fière et prétentieux, narcissique et excentrique, amateur de chaussure, de paraître et de philosophie, j'étouffe ma vie, je l'étoffe aussi, j'étage et je tranche, je tache, m'attache, éternel voyeur, photographe, funambule, carnivore, cannibale et j’ai une éternelle fascination pour le sordide de l’être humain, le glauque et la souffrance. Je n’écris pas, je creuse le sol, je m’enfonce à la recherche de la faille, la fêlure, pas la mienne non, celle des autres, la corde sensible le cœur de notre humanité.
Ana tu es une cochonne !
Oui Ana tu es une vilaine cochonne qui aime se vautrer dans la fange, le vomi et la sueur - froides traces dégoulinantes de l'effort et de l'angoisse -, une
cochonne anthropophage qui n'est jamais rassasiée de la chaire arrachée à tes ôtes, ces précieuses hôtesses de ton cortéges des apparences. Il y a ta vie qui est plantée là sous perfusion, y'a
dans la perf' un liquide vert, bleuâtre et glauque, t'es perfusée au viol, à la violence, aux dépendances addictives, aux cicatrices violettes qui barrent le corps diaphane des jeunes filles
pivoines qui rougissent sous la caresse subtile de ta main aux ongles faits. A tes pieds dans le caniveau s'écoulent les sanglots en rivière de diamant -éternels- et alors la terre se fait boue
dans la sombre ruelle. Tu vautres là ta longiligne silhouette maculant ton corps dans ce marécage nauséeux des vies que tu dénigres décorant ce décorum avec toutes les jolies fleurs coupées que
tu fauches à tour de bras, très fière.
Ana je le sais parce que moi aussi je suis là. Moi aussi je fraie dans les mêmes eaux troubles que toi, quand tu te vautres dans la boue moi je piétine les plates bandes, les bouquets et les fleurs sauvages. Je suis un Attila en rhétorique et je laisse le sol souillé et l'herbe couchée. C'est certainement pourquoi l'on se croise si souvent toi et moi. On se toise et pour un peu on se ferai presque concurrence ma très chère Ana. On convoite les mêmes choses, on s'émeut des mêmes vies, on envie les mêmes corps. On se croise, on se côtoie mais la comparaison s'arrête là. Toi tu es la prédatrice exclusive qui détruis sans discernement, juge et condamne, tu éradiques la flamme, la faille, le feu, la fille. Possessive et jalouse tu ne conçois pas de coexister, c'est toi et rien d'autre, personne d'autre, tu m’octroieras le droit de juger que c'est une navrante volonté. Car moi mademoiselle Ana je suis là en esthète, ni contrains ni forcé, je déguste ce que tu dénigre et je déplore ce que tu désastre, je dévore ce que tu dévaste. Nous traversons le même paysage mais nous ne sommes pas guidés par les mêmes étoiles. Je suis sûr que toi aussi, tout comme moi, tu ressens que ces Eves aux corps sculptés par le doute, la douleur ou leur simple volonté te surpasse en tout points. Je suis comme toi Ana, surpassé, dépassé, supplanté. Ces filles sont des déesses et je comprends qu'au fond de toi tu te sente menacée au point de vouloir les éradiquer, mais quel manque d'éducation Ana. Tu devrais leur rendre hommage et liberté.
Imbu et entêté je traîne ma parole lourde de silence ici et là, las d'être moi petit gorille vérbilleux isolé sur un îlot perdu, la mer tout autour qui se brise en fracas, en écume et en jours renouvelables. Aujourd'hui c'est vendredi c'est carême, prenez garde à ne pas vous nourrir mais vous pouvez nourrir les animaux, l'animal laminé par toutes les lames de fond qu'avec fougue il a aimé. L'âme au fond, non trop facile, comme larme de fond, l'âme en fonte, larme de front, non j'opterai pour le canon sur la tempe, presque l'arme sur le front puis le rouge qui s’écoule jusqu'aux lèvres ; l'envie insatiable qui rôde sur mon île au milieu des flots et qui mieux que cupidon me tir dessus à balle réel, à belle réelle. J'aime les flots, le flux, la photographie numérique perpétuelle et l'illusion de l'infini.
[…]
Il y a longtemps que je ne me suis pas retrouvé ainsi adossé à mon œuvre, acculé par ma posture d'artiste. Triste sort n'est ce pas ? Je me retrouve avec un travail à produire, je dois une création (comme si l'on pouvait contraindre à créer), je me dois d'une création sans aucunes obligations, sans autres contraintes que le luxe de construire une œuvre et d'articuler mon mémoire autour. N'importe quelle œuvre. Juste une création dont je sois l'auteur, une carte blanche. Ca devrait être simple, attiser ma flamme d'artiste et mon seul souci devrait être de crouler sous les projets. Mais je suis de glace, glacé, comme pris par la banquise, dérivant lentement mais sûrement dans une infinie étendue brumeuse.
Cette carte blanche n'est pas un sésame, non, c'est plutôt une sorte de Erased Michelin et me voilà perdu, sans repères, artiste défroqué sans cardinaux errant au milieu de rien avec pour seul bagage mon encombrante prétention et mes illusions chancelantes. Je suis là, las, l’artiste à l'attitude artistique suspendue au dessus d'un précipice, celui de cette feuille blanche que je rempli d'idées noires en espérant, naïf, que ça conjurera la peur, remplira le vide.
Posture pathétique, éculée, ancestrale, celle de l’artiste au commencement, face à face avec soi même, à ma droite la volonté d’être un grand artiste, à ma gauche la peur de ne pas y parvenir. Et je reste planté là, trop lourd et trop las et peut être même trop lâche pour endosser l’héritage qui m'échoie. Je suis cet enfant égaré dans la nuit qui entend dehors les cris étranges de lointaines créatures. Ils résonnent à mes oreilles les noms glorieux de la photographie, de l'art, de la pensée tout droit issus d’une fantasmagorie mythologique, la mienne, avec un écho déformé, effrayant, ténue et tenace. Je suis un pantin sous la menace d’un Damoclès cyclope braquant sur moi son œil unique de Leica, un minuscule pantin qui tressaute quand résonnent les rafales. Mais l’art n’est plus un jeu d’enfant.
Soudain je me rappelle que parfois je m'imagine en Jeff Koons (pas pour un supposé talent, mais pour le prestige, l'apparat, l'aura médiatique en guise d'auréole) pape de pacotille régnant sur le monde de l'art. Si lui a réussi alors je le peux aussi, le postmodernisme a au moins ça de bon, il décomplexe les prétentions artistiques autant qu’il malmène le bon goût.
Cette pensée rassurant mon ego j'ai lancé mes idées en nombre, extravagantes, provocantes surtout, et plus généralement absurdes, abstraites, abyssales, de véritables projets fast-food, forcément séduisants parce que gavés aux arômes de synthèses ; ça y est je suis l'industrie culturelle à moi tout seul, homme orchestre de ma propre cacophonie dont au final j'épargnerai le monde d’un étalage grotesque.
Oui, je me lance d’un coup sec, rejouant la fulgurance, comme si soudain la foudre m’avait frappé en m’offrant l’inspiration descendue du ciel. Une sorte de théophanie artistique vengeresse et imbue d’elle-même, mes projets pleuvent, violents et provocants, et je suis sûr d’avoir raison. Je vais révolutionner le voyeurisme, non encore mieux je vais déverser des litres d’eau juste pour les gaspiller, oui monsieur, un gaspillage conscient et orchestré, c’est bien cela ; un gaspillage terroriste, je vois déjà d’ici les photos, les litres d’eau qui s’écoulent sur la place de la Concorde, sur la plage de Miami ou sur le parking désert d’une zone commerciale un dimanche. Ca y est je palpite, je suis Jeff Koons, je suis le roi, je suis génial. Durant un temps en tout cas, enfin juste un instant.
Très vite, trop vite, je me prends dans la gueule l’âpre réalité, elle est petite, pathétique, ridicule, minuscule, risible, naïve et c’est ça le pire, oui naïve, elle me renvoie à ma naïveté. Alors j'ai vite fait de donner à ces projets fast-food une tonalité bio, j’ai fais d’eux des projets bio 100 % fétus de pailles naturelles auxquels je mets le feu. La fumée me rend amer, acre, anxieux, révélant mon incapacité à égaler mes envies.
Elle était donc là la peur, première, primale, primaire, ancestrale, celle de la comparaison. Ce n’est pas du regard des autres que vient cette peur, encore moins de leur jugement mais de mon propre regard, mon propre jugement. Peur de comparer mes prétentions et mes actes, mes intentions et ce que peinent à incarner mes œuvres. J’ai beau être malmené par mes affects, afficher des prétentions artistiques, je n’en garde pas moins tout près de la surface de ma conscience une forme de lucidité sur ma pratique, une connaissance que j’imagine assez juste de ses limites. Mais que faire ? Les refouler assez longtemps pour pouvoir m’engager dans un projet dont je voudrais le rayonnement au-delà de mes limites ? Ou alors les accepter, les aborder fièrement ?
Pas la peine de me jouer le refrain des théories universitaires sur l'art et la création. Si je conviens à en reconnaître la pertinence elles me paralysent, m'effraient et me fascinent. D’accord le postmodernisme est une hydre sans visage qui avec ses mécanismes a phagocyter notre société, d’accord le monde de l’art est un poste avancé de cette idéologie, bien sûr, moi aussi je constate la fin des valeurs et l’émergence d’un grand n’importe quoi dans l’art. Mais putain merde qui je suis, ou est ce que je suis dans cet ordre des choses ? Artiste libre ou simple élément de contrôle social, infime rouage d'une industrie qui m'ignore. Plus je le sais, moins j'ai envie d'avancer.
Alors à quoi bon éclairer mes lanternes ? Au final je suis tiraillé par deux forces antagonistes, le poids du système et celui de ma prétention. Il est facile de dénoncer le système pour celui qui ni appartient pas. Mais moi ? Comment puis je dénoncer un système auquel j’appartiens, un système sans qui mon art n’existerai pas ? La schizophrénie est elle la seule porte de sortie ? Parce que oui, bien entendu que j'emmerde Jeff Koons, le monde de l'art et la reconnaissance, bien entendu que j’aspire à créer du sens critique qui permettrait au spectateur de s’enrichir mais j'emmerde aussi ceux qui m'ont mis à cette place, les théoriciens, le hasard, le destin et le déterminisme social.
Je voulais faire de la photo comme témoignage de mon libre arbitre, mais si cela n'existe pas, n'est plus possible maintenant que je suis éclairé, alors la seul chose qui me reste à faire c'est de tout faire péter. Et tant qu'à faire sauter la photographie autant le faire avec plaisir, foutre de grands coups de pied dans la photographie en éructant sauvagement.
Je me suis pris au mot, j'ai suivi cette idée au pied de la lettre. J'ai attrapé un appareil et je lui ai donné un grand coup de pied l'envoyant valdinguer dans la rue, je l'ai suivi et je l'ai frappé un autre coup, encore et encore jusqu'à ce que je me sente mieux.
Mais la rancœur est tenace, alors j'ai pris un autre appareil, je l'ai posé face à moi, j'ai pris un marteau et je l'ai frappé, encore et encore jusqu'à ce que je me sente mieux.
C'était primaire, primal, instinctif, mais ça faisait des photos, c’est devenu mon projet, mon œuvre, ma démarche, ma pratique parce que cette pratique me donne l’impression d’échapper à tout cela. C’est le moyen que j’ai trouvé pour faire de la photo sans faire de la photo, forme d’expression nihiliste qui reflète parfaitement mon ressenti. Un art de guérilla, plein de violence et de dépit tourné contre mon médium ; la photographie, contre son acteur ; le photographe.
Une façon de me désengager de ma pratique tout en conservant l’exercice, l’expérience. Je ne peux pas dire si c'est beau mais pour moi c'est de l'art, et tel était mon but, faire de l’art, et je laisse la masse seule juge de cet état de fait. Bon c’est peut être de l'art mais ça ne va pas bien loin, l'art défouloir est jubilatoire mais je reconnais que j'ai du mal à en dégager un style, une théorie d’art. Si je décide de laisser de coté cette pratique explosive, c’est parce qu’elle ma faite avancé, un grand pas, un petit pas, bref une étape sur ma route, j’ai retrouvé le goût de la photographie.
J’imagine bien que mes allers retours affectif vis-à-vis de la photo sont grotesque pour qui les observe avec recul, mais c’est dans ce processus que je renais. Je suis arrivé à un point où je ne me sens pas capable de proposer un projet crédible en tant qu'œuvre photographique alors que j’éprouve la volonté de le faire. Ma dernière piste alors c’est moi, plonger en moi pour rouvrir les vieux dossiers pleins de mes images et m'y vautrer. Des images banales, instinctives compulsives, obsessionnelles, ratées, anecdotiques, des images faites sans y penser, juste parce que j’en avais envie. Je remonte le flot de ces photos sur des semaines, des mois, des années, à la recherche d'un je ne sais quoi, d'une chose profondément enfouie sous ma surface dans les bas fonds de mon être et qui surgirai des entrailles couverte de boue et de mes viscères, qui viendrait se poser sur moi comme le nouveau né sur le ventre de sa mère, avec une évidence suffisamment forte pour solder tous mes doutes.
Je remonte le flot de cette soupe originelle de ma pratique pour retrouver la source. Je bute enfin sur l’impression d’une cohérence, des images qui s’articulent les unes aux autres et qui étaient là n'attendant que d'être exhumés de mon intarissable flot de photogrammes. Des pieds, des chaussures, des photos simples, frontales, ces corps saisis par des cadrages mutilants, des pieds, des mollets, à peine une jambes, tous entrain de marcher fouler le sol du japon au Sénégal ou chez moi, toujours des pas justes assez proche pour être photographié, tout juste assez proches pour qu’ils me remarquent.
Drôle de jeu, c’est comme une ponction dans le réel qui prélève un morceau de fétiche presque anodin, en tout cas anonyme. Des images dépareillées, éparpillées, atomisées je pressens pourtant dans ce chaos qu’il y a du sens sous cet aspect éclectique. Oui, une logique, une cohérence, un je ne sais quoi qui fait sens, qui fait tenir ensemble ces images. En cherchant à comprendre je suis parts à la découverte de l'œuvre dont l’auteur inconnu habite en moi, série après série, je cherche à comprendre, le sens, le style de cet autre moi.
C'est à ce moment que je fais la prise de conscience dramatiquement banale, dont je ne suis ni le premier ni le dernier à faire, mais qui reste essentielle, qu’il est vain, inutile et pathétique de chercher à engendrer une œuvre d'art ex nihilo, de créer avec pour seule motivation faire de l'unique, du nouveau, du seul. Je comprends enfin ce qu’il se joue en moi depuis toujours ; c’est quoi la posture d’un photographe ? Je comprends mieux, je comprends enfin le sens d’une filiation, le sens de la photo documentaire.
Je renais, oui une renaissance, une naissance, artistique je l’entends, je m'émerveille comme un gamin, je jubile de jouer avec la photo documentaire. Ne plus être seul, pas dans la solitude mais dans cette idée éculée de l’avant-garde. Appartenir à d’autres dont il est admis qu’ils font référence. Découvrir cette appartenance, cette inscription à un registre qui qualifie ma pratique.
Je ne suis pas seul, sensation agréable de se poster dans le giron confortable de mes pères. Il y a dans le regard que je porte alors sur mes photos un feu qui fait le deuil de mon égocentrisme, de mes prétentions et mes illusions révolutionnaires et j’entrevoie la cohérence d’une œuvre. J’ai tout à faire, apprendre, apprivoiser, approprier, il faut que j’explore encore, que je m’accoutume à cette sensation nouvelle, je ne vais pas exploser, me répandre, me disperser, je vais conserver mon attention sur ce fétiche, la chaussure, qui semble avoir autan canalisé mes peurs que focalisé mon attention. Les contours de l’œuvre qui se dessinent sont encore flous, mes mots se trahissent je vais me taire et retourner penser, préciser ma prochaine étape.
Je ne suis jamais là quand il faut, un temps en avance pour le reste toujours en retard, jamais présent au bon moment pour les âmes que j'aime, infiniment insensible quand il s'agit de sauver celles qui appellent, je tombe en sentiment suave dès qu'il s'agit de sauver les condamnées puis j'aime des fantômes, je fais la guerre à des démons avec trois bouts de papier, j'embrasse des causes pour mieux les perdre ensuite, je prendre le temps de me perdre et je perds le reste à le prendre, je mène une vie de pacotille sans cotillons, je prétends au grand amour et me paie les charmes de femmes frivoles, je protège des sanctuaires où personne jamais ne vient puis je piétine les dans le noir en attendant des voitures qui ne viennent jamais, je trinque seul à de subtiles petites choses essentielles dont je fais des abstractions que j'appelle l'amour, la vie ou le bonheur et j'en oubli parfois de rester digne parce que dans le fond comme dans la forme j'aime tout cela. Suis je bien placé ? Je suis en tout cas bien placé pour comprendre ou savoir ce que ressentent les fleurs coupées, Marie et Marilyne, les muses décharnées, les furies enchaînées, les nymphomanes mythomanes cleptomanes agoraphobes déchaînées, une poignée d'ange déçus, une armé d'autre déchus, peut être même deux trois démons, un microbe qui incube, les vieilles filles, les coeurs de pierre, les coeurs brisés, les danseuses de fin de soirée, deux trois aussi de ceux qui se bafrent la cause tibétain à la télévision, les haltérophiles, les prostituées, quelques pervers, quelques terroristes, quelques théoricien de la cause sociale, le pape, Nelson Montfort, et Cerise de groupama et même moi. Je ne vais pas pour autant prétendre que nous sommes tous pareil, pas dans ce sens en tout cas.
Etre où pas, ne pas être
Ma très chaire Emma, j'ai peur qu'il me coûte trop cher de rester avec toi. C'est un cruel paradoxe car je sais que je te suis chère tout autant que tu m'es chaire. Malheureusement, il n'y a plus
de place pour deux ici, et à choisir je me choisie moi, vu qu'en ton temps tu m'as choisi je suppose que tu me comprends, nous sommes si proches. Je ne te quitte pas je m'en vais, je me barre, je
me casse, je suis trop jeune pour être déjà casée, fidèle à une seule, même avec toi ma chérie, non tu le sens je n'ai plus ma place ici, non, moi, toi, ma siamoise, toi et moi je te quitte, non
pas que tu ne sois désirable, les autres te le prouveront, mais parce que deux grands esprits ne peuvent pas cohabiter. Rassure-toi je ne vais pas te reprocher de bafouer mes idéaux, les autres
te le diront, c'est juste qu'il il n'y a pas de place pour deux fines âmes, deux fines lames qui savent jongler avec les larmes, nous sommes une redondance, une résonance, un pléonasme, nous
sommes vaine l'un pour l'autre, que puis je t'apporter que tu n'ai déjà, que puis je te révéler que tu ne sais pas déjà ? Que peux tu me faire que tu ne m'ai déjà fait, du jeun à la folie, du
mépris à l'amour, on s'est souffert dans nos chaires, toi les meurtrissures et moi la jouissance, à moins que ça ne soit l'inverse. Et puis Emme tu le dis si bien, les modes sont éphémères et
j'ai du pain sur la planche, d'autres groupies à satisfaire, d'autres clientes à enrôler, à dérober, dans leurs robes à fleurs légères les filles le sont aussi, légères, elles sont encore ce
morceau de glaise que je sculpterai pour elles en grand vase creux ou je déposerai une fleur coupée, longue et fine. Avec toi c'est le bouquet, je le sais, tu le sais, trop grande gueule pour la
garder fermée, trop belle gueule pour la garder esseulée, bouquet de narcisse bien plus que toi. Tu le sais tout comme moi les médias sont prévisibles, cyniques et séducteurs, c'est bientôt l'été
je vais briller sur papier glacer. Emma tu ne me perd pas, petite papillon tu va voler de tes propres ailes et je sais et je te promets que les pétales diaphanes de mes fleurs faméliques te
seront toujours ouverts, jamais flétris. Mais il n'y a plus de place pour deux, je suis ta chrysalide, tu es mon papillon, pose ta main sur ton coeur, un peu plus haut que le ventre, si tu le
sens sous tes doigts quelque chose palpiter c'est qu'il est là le papillon, mon pavillon, fière étendard hissé haut, tu m'appartient, corps et coeur, mon drapeau claque au vent, tête de mort arc
en ciel, je ne te quitte pas Emma, mais en corsaire avisée c'est l'amère qui m'emporte accomplir en chaire vierge mon éternelle renaissance. Tout comme toi ma chérie, je n'en fais qu'à ma tête,
quand d'autre n'en font qu'à leur ventre, qu'à leur sexe, qu'à leur peur, qu'à leur bouche, qu'à leurs hanches, qu'à leurs fesses, qu'à leurs mains, qu'à leurs cuisses, qu'à leur os. Deux grandes
gueules, deux grandes bouches c'est une de trop si ont aspire à un corps en filigrane. Tu es douée, je suis vaniteuse, tu es complexe, je suis complexée, tu es aimée, je suis méprisée, tu es
jolie et j'en suis fière, tu es seule et je le sais, tu es jeune et je le suis, mais tout ceci ne s'additionne pas, tu es là et je suis vaine. Si bien sûr je suis dans tes veines, dans ta tête,
un peu partout dans tes pensées, tes rêves et tes cauchemars, dans quelques cahiers, classeurs, agendas, sur ton blog, sur ta peau, dans ta vie, mais tu es là, c'est immuable et ça ne sert plus à
rien que je reste. Emma je parts, n'oublie pas d'arroser les fleurs et de nourrir le chat, ou pas. Allez ma belle comme toujours on s'écrit, on se fait une bouffe.












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