Ana tu es une cochonne !
Oui Ana tu es une vilaine cochonne qui aime se vautrer dans la fange, le vomi et la sueur - froides traces dégoulinantes de l'effort et de l'angoisse -, une
cochonne anthropophage qui n'est jamais rassasiée de la chaire arrachée à tes ôtes, ces précieuses hôtesses de ton cortéges des apparences. Il y a ta vie qui est plantée là sous perfusion, y'a
dans la perf' un liquide vert, bleuâtre et glauque, t'es perfusée au viol, à la violence, aux dépendances addictives, aux cicatrices violettes qui barrent le corps diaphane des jeunes filles
pivoines qui rougissent sous la caresse subtile de ta main aux ongles faits. A tes pieds dans le caniveau s'écoulent les sanglots en rivière de diamant -éternels- et alors la terre se fait boue
dans la sombre ruelle. Tu vautres là ta longiligne silhouette maculant ton corps dans ce marécage nauséeux des vies que tu dénigres décorant ce décorum avec toutes les jolies fleurs coupées que
tu fauches à tour de bras, très fière.
Ana je le sais parce que moi aussi je suis là. Moi aussi je fraie dans les mêmes eaux troubles que toi, quand tu te vautres dans la boue moi je piétine les plates bandes, les bouquets et les fleurs sauvages. Je suis un Attila en rhétorique et je laisse le sol souillé et l'herbe couchée. C'est certainement pourquoi l'on se croise si souvent toi et moi. On se toise et pour un peu on se ferai presque concurrence ma très chère Ana. On convoite les mêmes choses, on s'émeut des mêmes vies, on envie les mêmes corps. On se croise, on se côtoie mais la comparaison s'arrête là. Toi tu es la prédatrice exclusive qui détruis sans discernement, juge et condamne, tu éradiques la flamme, la faille, le feu, la fille. Possessive et jalouse tu ne conçois pas de coexister, c'est toi et rien d'autre, personne d'autre, tu m’octroieras le droit de juger que c'est une navrante volonté. Car moi mademoiselle Ana je suis là en esthète, ni contrains ni forcé, je déguste ce que tu dénigre et je déplore ce que tu désastre, je dévore ce que tu dévaste. Nous traversons le même paysage mais nous ne sommes pas guidés par les mêmes étoiles. Je suis sûr que toi aussi, tout comme moi, tu ressens que ces Eves aux corps sculptés par le doute, la douleur ou leur simple volonté te surpasse en tout points. Je suis comme toi Ana, surpassé, dépassé, supplanté. Ces filles sont des déesses et je comprends qu'au fond de toi tu te sente menacée au point de vouloir les éradiquer, mais quel manque d'éducation Ana. Tu devrais leur rendre hommage et liberté.












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