mise à jour 17/06/08 15:01
Les corps. Comment parler des corps qui me touchent ? De celles que je trouve belles, des corps qui m'émeuvent. De ces corps tiraillés de tout leur corps, corps à la féminité ébauchée, objet du désir ou objet du délit, corps prison ou piédestal. Je ferai mieux de me taire plutôt que de dire que je trouve très belles les marques subtiles ou ostentatoires de la souffrance et de la tyrannie. Mais ces corps trop frêles pour être réels incarnent pour moi ce que je trouve beau : la dimension humaine. Mais c’est devenu politiquement incorrect de trouver beaux ces corps trop minces, ces corps décharnés, tailladés, déformés, transformés, douloureux, ces temples impies, ces corps diaphanes, transparent ou ensanglanté, ces corps qui suintent, rejètent et vomissent, qui refuse de se plier, ces corps brillants, frêles et fragiles mais fulgurant de féminin ; magnifiques. Si je ne tais pas l'expression de mon goût je risquerai même la prison au nom de l'apologie. Mais je ne fais aucune apologie, je dis juste ce que je trouve beau et je n'ai pas la prétention de dire au monde ce qu'il faudrait qu'il fasse pour me plaire. Je ferai bien mieux de me taire parce que je n'ai pas moi même d'entailles aux poignets, ni l'ombre d'Ana hanter mon esprit, je n’ai pas “l’excuse” d'une maladie ou d'une déviance pour justifier mon goût. J'aime les corps qui portent en eux les marques visibles de leur sensibilité exacerbée. Je suis ainsi, c’est subtil ou juste pervers, j’aime les corps à l'esthétique ciselée presque irréelle et qui détiennent la vérité de leurs souffrances. J’aime ces corps qui dévoilent les coups qui les ont sculptés, corps façonnés par le tourment de la pensée. Des corps qui l’espace d’un instant effleurent l’union de l’esprit et de la chaire. L'esprit humain est de nature complexe, tortueux et sensible et jamais un corps aux normes de la doxa, ni trop gros, ni trop maigre, ni trop laid, ni trop beau, ni trop blanc, ni trop noir, ni trop osseux, ni trop graisseux, ni trop grand, ni trop petit, ni trop loin, ni trop là, ni trop lisse, ni trop rugueux, ni trop intact, ni trop remodelé, ne pourra refléter la beauté de cette âme humaine qui trop sensible vibre et souffre, aime et re souffre. Les corps blessés, corps blessant qui incarnent la vérité de l’âme humaine dans sa souffrance et sa jouissance sont ceux que j'aime. Ils incarnent un absolu, une quête utopique, une lutte aussi violente qu'essentielle, celle de leur survie sans leur compromission, et si pureté il y a elle est là, c'est celle qui compte pour moi. C'est corps uniques qui se glissent si volontiers dans une esthétique d'avant garde, sont beaux, ont le saura bientôt, moi je le sais déjà et même si je ferai mieux de me taire je préfère parler.
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