C'est officiel je décolle le 21 août, je m'envoie en solitaire au septième ciel, direction le Japon, Osaka par le chemin du ciel. Ce qui était encore une agréable abstraction
dans mon esprit prend forme, un billet d'avion, places de stade et déjà en tête ce que je vais mettre dans ce grand sac de voyage que je me suis acheté.
Est ce que je parts en vacances ? Non pas vraiment. A l'aventure ? Non pas cette fois. Pour ceux et celles qui pourrons comprendre je parts en pèlerinage sur les traces de ma mythologie
personnelle. Championnats du monde d'athlétisme, 1991 devant la télé première frissons, il y a 16 ans, 1997 dans le stade d'Athènes, ma première fois il y a 10 ans déjà. Oui je parts à l'autre
bout du monde pour voir du sport, raviver l'émotion du stade, cette chose que seul le sport et la passion offrent. Perdu dans l'inconnu pays du soleil levant je vais seul raviver ma mythologie
personnelle et en jouir des nuits entières. Sur les pavés d'Osaka je vais me vider la tête. Mais pas en une seule fois avec une grosse tâche de sang sur le bitume, non je vais me vider la tête
par petites touches, à chaque pas, à chaque nouvelles images, à chaque émotions fortes, à chaque fois que je m'arrêterai devant une vitrine, dans les boutiques de jeux vidéos, dans celles de
chaussures, en métro, à pied, je vais éparpiller ma tête, il y en aura partout. De fond en comble la vider et tans pis si ça tâche, je ne serai pas chez moi, ce n'est pas moi qui ferai le ménage.
Je veux arriver vierge sur les sièges du stade, retomber amoureux d'une sprinteuse et applaudir toutes les autres, je veux arriver vide et m'assoire devant le sautoir, prier un record de monde et
l'applaudir sans fin. Je veux arriver vierge dans ma chambre d'hôtel et regarder tourner cet ailleurs sous ma fenêtre et, me glissant sous les draps, emporter le corps couronné d'une fille en
hauteur dans le vice de mes rêves.
Rien d'autre que le stade et l'absurde de l'ailleurs, juste un décor et moi. Et quand ça sera fini, le temps de rentrer.
Oui en un mois de paris sportifs je viens de gagner plus de 600 euros. Et quand je dis gagner je parle de gains crédités sur mon compte en banque. Je crois pouvoir dire sans trop abuser du terme
que j'ai bien travaillé au mois de Juin...
Je tiens d'ailleurs à remercier les joueurs et joueuses de Roland Garros sans qui cela n'aurai pas été possible. Je veux aussi remercier les organisateurs de la ligue mondiale de volley qui m'ont
offert des matchs à l'issu relativement prévisible et aux cotes généreuses. J'adresse aussi de chaleureux remerciement aux joueurs et joueuses d'herbe qui se démènent à Wimbledon, tout
particulièrement à Carlos Moya pour avoir remporté le quatrième set contre Tim Henman de ne pas avoir craqué et d'avoir remporté ce même match.
Et oui pendant que certains étudiants travaillent dur tout l'été pour gagner leur vie, moi je passe l'été à jouer et à gagner ma vie, c'est injuste, c'est immoral mais mon dieu comme c'est bon.
L'adrénaline quand je pose une mise de 100 euros, l'adrénaline durant le match, l'euphorie de la victoire, non franchement c'est un travail sympa grâce auquel je vais pouvoir m'offrir un bel
appareil photo, merci le sport.
[ merci aussi à la commission de Bruxelles de me faire sortir de l'illégalité en légalisant les paris sportifs en France, y'a pas à dire l'été commence bien ]
Dans les travées du Parnasse Nîmes joue contre Ivry, c'est du handball et les enjeux me dévorent bien avant que le match ne débute.
Tragédie en deux mi temps.
Ivry le premier vient défendre sa place contre Nîmes. Nîmes doit gagner car se sont des guerriers, mais si Nîmes gagne c'est Montpellier l'ennemie intime qui passera en tête.
Dilemme en deux mi temps
Mon corps est à Nîmes, ma tête à Montpellier et mon coeur entre les deux. Dans la salle surchauffée par le public je suis une poupée de chiffon ballottée par l'émotion. Nîmes gagne, Nîmes perd,
injustices de l'arbitre, la salle explose et navigue de la révolte à la passion et les cris de la foule me chavirent d'émotion. Nîmes perd puis Nîmes revient, égalise, mène, perd, égalise, dans
les dernières secondes, une dernière action volée par les arbitres, match nul.
Juste la passion.
L’athlétisme possède son épreuve reine et son joyau, le 100 mètres.
Je ne serai jamais prétendant à la couronne mais je suis un fidèle du roi. Oui, il n’y a pas si longtemps cette reine a eu un roi, Maurice Greene, un roi pour 9 secondes et 79 centièmes, un roi extravagant extraverti excessif, une légende ...
La nuit recouvre le stade comme un écrin pour cette course folle qui fait frissonner l’impatience fiévreuse d’un public amoureux. La réalité d’un 100 mètres dure plus de temps qu’il faut pour le courir. Vingt minutes avant le départ, peut-être 30 minutes, les sprinteurs arrivent et se dirigent vers la zone du départ. Le roi arrive en arrière plan, Maurice Greene, T-shirt large, survêtement rouge, le pas sûr et les cris de la foule.
Il se dirige vers le départ, arrive dans son couloir sans se soucier du reste du monde, ni geste, ni regard pour personne. Il jette son sac de sport loin derrière le plot et remonte son couloir sur 40 mètres. Au milieu de la piste il se retourne et toise ses adversaires en tournant le dos à la ligne d’arrivée.
Ils sont tous venus, la meute des prétendants, de ceux qui veulent faire chuter le roi, couloir par couloir, plot après plot, assis et concentrés dans ce face à face abstrait. Il est le point de mire et il aime ça.
Maurice Greene focalise toutes les attentions, les passions et les regards sur lui mais son regard n’en croise aucun autre. Maintenant qu’il s’est montré il revient vers la ligne de départ. Sa machine ce met en marche. Le spectacle peut commencer. Signes extérieurs de victoires, il met le masque de la démesure, regard déterminé, agressif, moue renfrognée, on peut tout lire sur lui, la satisfaction, la prétention, la certitude, le show, la puissance, l’arrogance, le pouvoir, le plaisir.
Derrière le masque se joue la concentration en mouvement. Chaque geste le plonge plus loin dans sa course. Les épaules, les mains, le torse, tout le reste, la mécanique est parfaite. Les muscles s’activent résolus a montrer qu’il est le meilleur.
Revenir vers le départ quand les autres sprinteurs partent investir leurs couloirs. C’est inévitable il les croise et les ignore et dans un sens les irradies. Pour eux ce n’est qu’un show arrogant, suffisant et provocateur. Pour lui c’est le rituel de sa course, de sa concentration. Ce show est le sien, le 100 mètres c’est son univers, une folie extravagante où l’on court en 9’79’’.
Va et viens incessant dans son couloir, venir régler ses starting-blocks, partir, quelques mouvements de bras, accélérations, revenir, prendre un départ, explosion furtive de sa puissance, ne voir personne ni les adversaires, ni les partenaires d’entraînement. La foule s’impatiente, l’heure tourne, le départ approche.
Assis sur son plot il retire son T-shirt, exhibe plus que de raison une musculature impressionnante puis revient l’agitation avant d’enfiler sa combinaison. Un regard vers la ligne d’arrivée comme pour jaugée la distance. Tout son corps est mû par une motivation unique et despotique, être le meilleur. Tous ses gestes le disent. Derniers réglages, dernier démarrage, impressionner sans brûler l’influx.
Imminence du départ, la foule est fébrile, Maurice Greene ne le semble pas. Le speaker présente les coureurs, arrive le tour de Maurice Greene et le stade explose de passion, l’air tremble et les coeurs battent. D’un geste de la main, il salut la foule pour la rassurer, comme pour lui dire « ne vous inquiétez pas l’homme le plus rapide du monde est là ». Fidèle à l’enjeu, fidèle au public, fidèle à ses rêves, fidèle à sa déraison, il est présent malgré les efforts, les souffrances et les critiques.
Les ordres du starter ont fait le silence dans le stade, le calme avant la tempête.
Un a un les coureurs obéissent. Maurice Greene attend que le dernier coureur soi entré dans les starting-blocks pour sauter dans les siens. Regard fermé, le corps en dedans de l’esprit, une tension extrême et presque palpable dans le silence.
Le silence se prolonge, éternité en suspend, le coup de feu raisonne et réveil dans le stade un sentiment de folie. Explosif, placé, seule la vitesse compte, se redresser avant tout le monde et griffer la piste loin devant, avancer, avancer vite vers la ligne d’arriver, cycle de pieds en puissance et en vélocité. Mouvement appris par coeur, maîtrisé à la perfection et à force d’entraînement. Coller au mieux à la course idéale. Plus que dix mètres et espérer moins de dix secondes. Quelques mètres encore pour apercevoir le chronomètre, lever les bras et se jeter en avant, jeter son corps dans la légende, 9’86’’.
Victoire, explosion de joie, exploser, évacuer la tension, bondir, et affirmer a tous qui sont là qui est le meilleur, jouer avec le délire de la foule, retrouver les copains, les cris et le goût unique de la victoire. Puis un genou à terre offrir une prière avant de retrouver l’extravagance et le podium.
Le stade olympique d'Athènes était rouge. Rouge anglais pour Liverpool, rouge
revanche pour les milanais. Hier soir se jouait la finale de la league des champions, événement footballistique par excellence, événement
sportif mais événement humain et émotionnel c'est indéniable, une tragédie de 90 minutes façon épisode 2.
Il y a deux ans les italiens c’était vu champion menant de trois buts en 45 minutes. Il y a deux ans les anglais avaient pourtant gagné. Mais depuis l'Italie a marchée sur le toit du monde du
football et Milan à goûté à la disgrâce de la justice, tout ne pouvait pas être comme avant.
Entre poncif et position avant-gardiste je défends le sport, les enjeux du stade, comme la dernière source d'émotions offertes à tous. Et dans tous il y a moi. Et quand le vieux Super Pipo marqua
son second but moi aussi j'explosais. Et quand il transcendait sa joie au coin du terrain devant la ferveur fiévreuse des supporters je frissonnais.
Il y a du monde sur les blogs pour exprimer sa poésie de bas étages sans hontes ni pudeur mais combien pour reconnaître la valeur d'une finale de football ?
Milan à gagné, j'ai aimé ce match moyen et je recommencerai












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